Modiano, Woody Allen, Coluche.
Lundi 16 août 2010 11:28
Lire pour la première fois en 2010 « la place de l’étoile », roman de Patrick Modiano paru en 1968, est un privilège car il permet de relier ce livre à des oeuvres qui lui sont postérieures.
Nous savons que la place de l’étoile est un haut lieu de la circulation parisienne où tout tourne autour d’un monument, l’Arc de Triomphe, avec un espoir de sortie des plus précaires…
Dans le livre de Modiano, tout tourne, sans espoir messianique de sortie, autour d’un bloc, celui que l’auteur érige avec les idées reçues de l’antisémitisme et plus particulièrement celles concernant un individu juif porteur, d’une manière presque minérale, de tous les sédiments qui ont pu, au cours des siècles, par stratifications successives, s’amasser dans son corps au point de le transformer en une argile sur laquelle on peut mouler toutes les frustrations. Cette plasticité du juif affecte sa conduite comme le voulait Jean-Paul Sartre et le héros de Modiano illustre cette faculté expérimentale par des travaux pratiques. On songe au Zélig de Woody Allen (1983), dont le mimétisme complètement assumé, lui permettait de se retrouver, de fil en aiguille, dans l’entourage d’Adolf Hitler comme le juif de Modiano se retrouve dans celui de la Gestapo.
La seule contrainte de ce livre est que sa virtuosité réclame une finesse au-dessus de nos moyens habituels et que ce survol au dessus de nos possibilités peut se retourner contre lui à la manière des premiers sketchs de Coluche qui nous ont mis si mal à l’aise. Mais comme pour les premiers sketchs de Coluche, il convient, après un moment de tétanie, de mesurer la portée de ce qui est écrit pour en goûter, avec un léger temps de retard, toute l’amertume.
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